Freinet retrouvé

Texte envoyé aux adhérents des Amis de Freinet par Robert Coudert, adhérent

FREINET RETROUVÉ!

Il y a quelques mois (mai/juin 2019) je livrais à notre association «  Les Amis de Freinet », un témoignage personnel sur les liens qu’on pouvait établir entre deux maîtres de la psycho-pédagogie moderne que j’avais connus l’un et l’autre, nés la même année (1896), Jean Piaget et Célestin Freinet. Il se trouve que l’article a été repris, avec l’assentiment de notre Bureau, par la Fédération des Œuvres Laïques de l’Ardèche à Privas qui l’a publié dans sa revue mensuelle « Envol » à laquelle je collabore assez régulièrement. Ce témoignage a suscité, ici et là, en France et au-delà des commentaires qui m’ont vivement intéressé et, le plus souvent, touché. Ils émanaient, pour la plupart d’enseignants attachés à des pratiques pédagogiques ouvertes, tout en gardant un œil vigilant sur le développement progressif des facultés mentales chez l’enfant : Avancer mais ne rien précipiter.

Mon témoignage, je le précise, n’est pas du tout entré dans le vif des programmations d’emploi du temps (pour Freinet) ni dans le détail des expérimentations sur terrain ou en laboratoire (pour Piaget). Il a simplement tenté de fixer, entre des datations précises, les concordances dans des apports tous dirigés vers l’éducation de l’enfant. Les lecteurs ont compris qu’il n’était nulle compétition entre deux réflexions distinctes mais que le succès est souvent du côté de la complémentarité.

Aujourd’hui, je souhaite diriger mes vues sur le cas plus particulier de Freinet et des difficultés rencontrées dès qu’il a voulu, fort de sa formation humaine, politique, édifier une éducation plus civique pour les enfants de Saint-Paul-de-Vence. Les durs moments de 1932 que chacun d’entre nous connaît, constituent la première grande attaque à subir puis à dominer…car Freinet ne se rend pas ! Se constitue alors un bastion de résistance à l’oppression administrative et médiatique : d’année en année, finalement très vite, le Mouvement séduit par la qualité de la pédagogie, va devenir un champ d’importance, aussi culturel que strictement scolaire, libératoire et non libertaire.

Le livre de Georges Delobbe Avec Freinet l’inversion du champ pédagogique, récemment paru, fait avec honnêteté, justesse, et avec, jusque là une précision sans égale, l’histoire du Mouvement, vécu de l’intérieur, avec cette « foi du charbonnier » qui marque les engagés des premières heures. J’aime que notre collègue établisse le net distinguo (p.55) entre ce qui traite des «apprentissages » et ce qui renvoie aux «enseignements » : ceux-ci au service de ceux-là ! Plus on y voit clair dans la complexité de nos concepts professionnels moins on risque d’ambigüités dans nos propos d’enseignants.

Il n’est pas prévu de citer ici la partie des textes qui font l’éloge de Célestin Freinet ou qui donnent à connaître ses actions : ces textes sont tous fondés.

                En 1959-1960, au Centre National de Pédagogie Spéciale de Beaumont-sur-Oise, nous avons bénéficié ma femme et moi d’un stage de spécialisation «  enfance inadaptée »en compagnie de Michel Barré : Célestin Freinet, un éducateur pour notre temps… Voilà, sous la plume de Michel une référence !

Mais que nous reste-t-il, aujourd’hui à nous octogénaires, de notre vieux Maître et ami ?

L’œuvre ? Elle est, pour ses contenus et ses formes déposée dans sa voix, dans ses livres et ceux d’Élise. Elle est conforme en ce qu’en font vivre ses compagnons d’aujourd’hui, en métropole et au-delà, elle est encore dans l’ICEM…

L’homme ?  Laissez-moi rêver un peu, parce que les jours s’épuisent, laissez-moi le sortir un instant de sa stricte logique, le détacher quelques minutes de son œuvre monumentale, de ses techniques incroyables, de ses congrès prestigieux, de ses premier et second cercles et d’un piédestal qu’il n’aimait guère…

                Il est revenu dans Les Dits de Mathieu à son environnement de bergers ; il marche sur un vieux chemin de Gars, la main dégageant le cheveu parce qu’il fait encore chaud, il voûte un peu mais il garde le pas léger avec, semble-t-il un brin de bruyère au coin des lèvres et je crois bien qu’il fredonne : «  un petit roseau m’a suffi à faire chanter la forêt ».

C’est encore lui, notre Freinet !

Robert Coudert,  8 septembre 2019

 

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